================================================== Doel3, Tihange2, et d'autres réacteurs, en France



Ontologie : Démocritique

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Mars 2013

Doel 3 et Tihange 2



Doel et Tihange sont deux villages situés de part et d'autre de la frontière linguistique qui sépare la Belgique.

Chez l'un se parle un des flamands des plus pur dans un paysage qui évoque les pays bas voisins, alors que de chez l'autre se parle un français accentué, pétri de bon sens, dans un paysage de collines évoquant la Moselle Française.

Ils n'ont en apparence en commun que de produire de l'électricité à partir d'énergie nucléaire.

Chacun dispose de plusieurs unités de production, construites autrefois par deux entreprises régionales, l'une Flamande et l'autre Wallone. Chacune est documentée, gérée à sa façon par un opérateur différent, pilotée dans sa langue d'origine, et leurs architectures sont bien différentes.

Tout semble les séparer, et pourtant les médias associent deux de leurs unités - Doel 3 et Tihange 2 - dans la même réprobation.

Il est vrai que depuis leur construction les deux entreprises ont dû renoncer à leurs divergences de toutes sortes pour fusionner, et puis finalement pour se vendre à une grande entreprise gazière Française.


Mais pourquoi donc ces deux réacteurs sont-ils associés ?

N'ont-ils pas des unités sœurs, Doel 1 et 2, Doel 4, Tihange 1 et 3 qui ne sont pourtant pas ainsi observées ?

Ils sont aujourd'hui l'objet d'une suspicion partagée d'un même danger potentiel : la fissuration de leurs cuves, le risque de leur rupture, au bout de plus de trente années de service.

Pourquoi donc partagent-ils ensemble ce même soupçon de dangerosité, suite à l'observation de semblables défauts ?

Une même entreprise hollandaise avait forgées, à sa façon et malfaçons, ces cuves que pour la sûreté il faudrait remplacer.
Hélas, à la différence des centrales construites en France, l'architecture des bâtiments ne permet pas d'envisager de telles opérations.

Pourtant, pour ceux qui en connaissent l'histoire, ces réacteurs étaient, avec les unités qui les ont suivies, les plus sûres qui aient été conçues. Et le restèrent longtemps.

Avec plus de trente années d'avance sur leur temps, elles étaient dotées - à grand frais - de ces systèmes de sûreté supplémentaires que tout dernièrement les autorités de sûreté françaises ont fini par envisager d'imposer suite aux accidents de Fukushima.

A la différence des autorités de sûreté américaines ou françaises, Les autorités belges avaient imposé la prise en compte d'accidents "d'origine externe".

La définition en était ouverte, des plus larges : la chute d'un avion de ligne, l'explosion d'un méthanier passant devant la centrale, ou l'attaque d'un commando terroriste de dix personnes mettant hors d'état tout le personnel de conduite.

Les systèmes de sauvegarde devaient détecter l'événement, puis être capables de mettre et maintenir le réacteur en état d'arrêt sûr pendant les dix heures jugées nécessaires avant l'intervention de secours extérieurs.

Si de tels dispositifs avaient existé à Fukushima, nul n'aurait parlé des conséquences radiologiques du Tsunami. Et il est bien possible que l'industrie nucléaire s'en serait glorifié, et en aurait tiré d'excellents arguments pour relancer une industrie dont les activités sont à l'étiage.

Sur les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2, et je suppose aussi sur ceux de Doel 4 et Tihange 3 tous les appareils de mesures thermodynamiques du circuit primaire sont dédoublées, avec des seuils légèrement décalés, destinés à détecter les dérives naturelles d'un réacteur en bon fonctionnement laissé à lui-même.

Des unités logiques de contôle commande déclenchent alors l'arrêt du réacteur et la mise en service de systèmes de sauvegarde dédiés à ce seul type d'accident, avec leurs propres source d'énergie et de refroidissement. indépendantes. Avec un taux de redondance de deux sur trois, comme pour les systèmes de sauvegarde principaux.

Ces systèmes sont abrités dans un bunker en béton, de sorte que leur fonctionnement ne puisse être affecté par l'événement qui en a déclenché la mise en action.

Je sais tout cela pour avoir participé aux études de ces systèmes.

Travaillant à l'époque pour une grande entreprise d'ingénierie nucléaire Française, je m'étais étonné de ce que mes collègues qui étudiaient les réacteurs destinés aux programmes Français n'aient pas les mêmes contraintes de sûreté.

J'étais jeune. Il me fût donné quelques explications d'ordre sociologiques : la plus grande densité de population en Belgique, la nécessité de surenchérir sur la sûreté pour rendre acceptable les investissements.

Et puis, à la différence de la France, les sociétés de production électriques étaient privées, et faisaient l'objet d'une confiance plus faible que dans l'opérateur public Français.

Il est vrai aussi que les industriels belges sont traditionellement prudents, comme en témoignent les improbables butoirs hydrauliques au bout des rails en gare d'Anvers...

Si ces centrales dotées des systèmes de sûreté les plus élaborés sont simultanément soupçonnées d'être si dangeureuses, c'est que leur cuves viennent de mêmes usines hollandaises, aujourd'hui disparues.

De mêmes usines, de mêmes séries, il n'est pas étonnant qu'elles présentent les mêmes défauts, que les autorités de sûreté belges, que l'on a vue fort tatillonnes, ont détectées.

Bien sûr, juge et partie, la société qui désormais les possède a affirmé que ces défauts sont sans gravité, et ne justifie pas la prolongation fort coûteuse pour lui de l'arrêt de ces réacteurs.

N'a-t-il pas raison ?

N'est il pas vrai que par le passé d'autres matériels primaires français - les couvercles des cuves - furent ainsi incriminés qui équipent quelques vingt quatre réacteurs en France ?

l'Autorité de Sûreté Française avait trouvé de semblables raisons de s'en défier, et imposa leur réparation. Pour ce qui est des cuves, elle n'a encore pas justifié de semblables décisions.

Mais ce qui est vrai ici ne l'est peut être pas outre Quiévrain comme outre Pyrénées.

Ce qui est paradoxal c'est que ce qui est un problème grave que serait la perte définitive de moyens de production rentables et nécessaires à l'économie Belge, pourrait être au contraire une opportunité en France.

L'architecture du bâtiment réacteur de Doel3 n'a pas de dispositifs de manutention qui permette de remplacer les grands composants du circuit primaire sans percer le génie-civil des enceintes. le remplacement des générateurs de vapeur a donc nécessité le percement du dôme, après déserrage et enlèvement des câbles de précontraintes.

Une telle opération serait difficilement envisageable pour un éventuel remplacement de la cuve.

En France, l'exploitant public a toujours imposé aux concepteurs des contraintes architecturales fortes pour faciliter toutes les sortes de maintenances.

Cela a parfois entraîné des coûts excessifs, dont les premiers réacteurs de 1300MW français ont souffert1,

Cette prudence est une opportunité, puisque tous les moyens de manutention sont disponibles, dans toutes les centrales Françaises pour pouvoir remplacer un à un tous les composants des circuits primaires.

L'ignorance de ces faits, puis les champs d'intérêts de corporations ont masqué ce qui est une opportunité stratégique pour la France.

Bien sûr l'industrie nucléaire tirerait davantage de profits par le remplacement de la totalité des centrales par de nouveaux modèles, vendus pour être plus sûrs et plus performants.

Bien sûr la corporation des chercheurs sur le vieillissement des matériaux se désolerait de voir disparaître son sujet d'étude : comment montrer que ce qui a été conçu pour durer 30 ans pourrait être exploité 40 ou 50 années, sans autre investissement que le financement de leurs relativement modestes budgets d'étude.

Il faut dire que depuis longtemps EDF affirmait que seuls deux composants principaux d'un réacteur n'étaient pas remplaçables : l'enceinte de confinement et la cuve. Et articulait sa stratégie sur ce qu'elle considérait comme des faits, qui n'étaient que des dogmes.

Pour qu'ils soient remis en cause, il fallut que dans une asemblée de chercheurs seniors réunie pour réfléchir sur les problématiques à traiter à l'avenir soit posée la question : "Sur la base de quels documents d'étude ces affirmations sont fondées ? Quelles en sont les références bibliographiques ?"

Les commanditaires de cette réunion ayant dû convenir qu'ils n'en avaient pas, ont dû aussi convenir qu'il serait nécessaire d'en faire au moins une. Si pour l'enceinte elle ne fût pas jugée nécessaire, de par la topologie qu'elle impose, il en était autrement pour la cuve, que la plupart des participants présents étaient persuadés qu'elle était enfermée à sa place à l'avancement du génie-civil, ce qui est à l'évidence faux. Les plans et les photographies des manutentions d'installations en témoignent.

L'étude fût donc menée, mais dans un Département de recherche en charge par ailleurs d'études de logiciels de simulation sur les comportements des matériaux, en particulier lors de leur vieillissement, leur fissuration. Ces études sont destinées à montrer jusqu'où il est possible d'exploiter sans les remplacer de vieux équipements au delà de leurs spécifications initiales. Signée, techniquement approuvée par son vérificateur, le conflit d'intérêt fût tel qu'elle n'est pas sortie du processus d'approbation administrative. Elle montrait la faisabilité logistique et radiologique du remplacement des cuves des réacteurs 900Mw du parc nucléaire Français.

Les faits techniques exposés par cette étude pourraient être l'objet d'un article à suivre.

Ce qu'il est important de comprendre, c'est que quelque soit les opinions sur les orientations énergétiques qui doivent être décidées en France, en Europe et dans le monde, être capable de créer toute la confiance nécessaire dans la sûreté de la prolongation de l'exploitation d'installation est un enjeu décisionnel, puisqu'il accorde le temps nécessaire à la préparation des mutations technologiques qu'il sera nécessaire de réaliser.

En France, pour pouvoir effectuer sereinement ce virage sans décision prématurée, il est nécessaire dès à présent de forger en France de nouvelles cuves de sorte d'être en mesure de doubler de façon sûre la durée de vie de notre parc vieillissant, sans s'engager dans un nouveau programme de construction dont l'expérience du palier N4 et de l'EPR montre que l'opérateur national ne maîtrise plus ni les coûts ni les délais.

Il est déjà bien tard. Si l'AFCN belge rechigne à autoriser le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2, confrontée à l'observation de mêmes défauts sur nos réacteurs français issus des mêmes époques de fabrication, l'Autorité de Sûreté française pourrait hésiter à ne pas faire de même.

Les technologies de l'information ont forcé l'État français à la séparation des pouvoirs, de telle sorte qu'aucune autorité de sûreté n'a plus l'espoir de pouvoir échapper à ses responsabilités pénales, quels que soient les enjeux économiques et sociaux de leurs décisions.

à suivre, "Actionnaire".


Démocritique




1 Ainsi le palier "P4" de réacteurs de 1300 MW initié avec la centrale de Paluel devait être brusquement interrompu lorsque les premiers excès de surcoûts furent avérés. une démarche rapide d'analyse de la valeur devait les corriger. ainsi les réacteurs de Cattenom sont-ils notablement plus petits et plus "légers" que ceux de Paluel, sans que l'exploitant n'en perçoive d'inconvénients.

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