================================================== Dystopie



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Avril 2020

"Dystopie"

Le douze avril 1912, l’ensemble des officiers du paquebot furent momentanément terrassés par une sorte de gastro-entérite virale aiguë due à une viande contaminée que la cuisine des officiers leur avait malencontreusement servi.

La légende raconte que c’était du pangolin.

Alors qu’il fonçait à toute vapeur vers New York dans untte brume épaisse, le paquebot dût donc s’arrêter quelques heures.

Au matin du treize avril, alors que momentanément la brume se lève, et les officiers de quart sur la passerelle observèrent au loin la présence inattendue de quelques icebergs.
Avaient ils raison d'être surpris ? Les services hydrographiques et météorologiques avaient pourtant dûment prévenu les armateurs du navire de leur probabilité sur cette route septentrionale.

La maladie de l'équipage s'étant révélée contagieuse, l'épidémie s'est répandue à bord parmi les passagers ; le service de santé du navire a été rapidement dépassé. On déplora de nombreuses victimes parmi les plus agés, fort nombreux à bord, et a fallu se résoudre à confiner tous les passagers dans leurs cabines.

À ce que l’on apprendra plus tard, le commandant savait qu'en plus un incendie couvait, à l'état latent dans les soutes à charbon du bâtiment.

Informés par lui de tous ces éléments de la situation par télégraphie sans fil, les armateurs firent savoir que repartir à vitesse réduite n'était pas économiquement tenable.
Le retard pris était déjà trop coûteux, ce qui avait fait gravement chuter de quelques points le cours des actions de la Compagnie à la bourse de Londres.

Le commandant et son second décidèrent donc au soir du 13 avril de relancer le navire dans sa course vers l’Amérique.

Ces officiers ne portent évidemment pas la responsabilité des mesures d’optimisation qui avait conduit à l’insuffisance des moyens de secours, du nombre de lits d'hopitaux à bord, et aussi par exemple du nombre de canots de sauvetage. Le bâtiment avait été conçu dans un contexte industriel d'optimisation libérale, et on avait augmenté autant que possible le nombre de passagers sans tenir compte des moyens supplémentaires que cela supposait pour leur santé et leur sécurité.

L'Histoire raconte que, les coûts et délais de construction ayant été largement dépassés, les actionnaires de l'armateur avaient réclamé ces coupes budgétaires. C'était indispensable pour maintenir la rentabilité du programme, et au moins garantir le paiment des intérêts des dettes contractées, sinon le remboursement de ces emprunts sur les marché financiers internationaux.
On avait donc fait des revues de conception, et effectué de larges coupes budgétaires dans la conception initiale.
Par exemple, puisque le navire était annoncé comme insubmersible, pourquoi donc fallait il prévoir autant de canots de sauvetage ? On aurait pu même ne pas en mettre du tout ; mais alors il aurait peut être été difficile de convaincre nombre de passgers de monter à bord ; on en prévut donc, en escomptant que nul n'en ferait le compte.

Mais maintenant que le navire avait été lancé et déjà parvenu au milieu de sa traversée inaugurale il fallait, en faisant face à toute adversité, tenir ses promesses.

Les hôtes des ponts supérieurs dont beaucoup étaient actionnaires de la compagnie maritime ont donc invité les officiers à reprendre la route et pousser la puissance des machines afin de sortir au plus vite de la situation. Et à foncer à nouveau dans l’imprévisible du brouillard.

Le commandant est un gagnant. Il leur prouvera qu’il est le meilleur. C'est lui qui a choisi pour gagner du temps et battre un record, une route orthodromique risquée très au nord.

Lorsqu’au matin du 14 avril 1912 apparaîtra l’iceberg, le navire lancé à pleine vitesse ne pourra être arrêté à temps. L’officier de quart tentera vainement en changeant de cap d’éviter un choc inéluctable. L’Histoire racontera qu'au cas où il n’aurait rien fait, le paquebot n’aurait peut être pas coulé. Qui sait ?

Il ne sombrera pas tout de suite. Le commandant et les officiers se rendront compte rapidement de l'importance des voies d'eaux, et de l'insuffisance des moyens pour faire face à la situation, alors que le navire allait bientôt passer par le fond.

On organisera le sauvetage. Il faudra comme dans un hôpital mal dimensionné, choisir qui devra mourir, qui survivra peut être.

De par une conception favorable, les quelques canots de sauvetage avaient été suspendus aux ponts supérieurs... Dans un réflexe viscéral de préservation de leur reproduction les passagers de premières classes seront invités à y faire monter leurs femmes et leurs enfants.

les bouées manquant, on fera d'abord savoir qu'elles ne seraient pas utiles, puis se ravisant on fera démonter tout ce qui peut flotter à bord pour pallier leur déficience.

Pour cela on lançera de grands appels à la cohésion, à l'unité de la population du bord et à la solidarité, pour répartir ce travail. On glorifiera le génie inventif qui se révélera de nombreux héros, qui bricolèrent quelques radeaux de fortune.

Pendant ce temps la police du bord verrouillera les accès aux ponts supérieurs pour les personnes des classes inférieures...

Au moins le commandant aura-t-il l’honneur de disparaître dans le naufrage ?

À l'expérience non, ce ne sera pas nécessaire, puisque par chance ici la mer n’est pas si profonde ; "Too big to fail", le navire touchera le fond juste avant que la dunette ne soit immergée, pendant que les passagers en bon état de santé des ponts inférieurs pataugeront et que les autres se noieront.

Les armateurs espéreront tirer peut être quelques revenus d'un improbable renflouement de l'épave.

à suivre, "Tribordais et Bâbordais".


Démocritique




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