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Ontologie : Démocritique

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Décembre 2013

Des fois



Par hasard et par nécessité, il est de multiples fois où nous sommes confrontés à l'impérieuse question des fois.

Cette question des fois a envahi cette partie infinitésimale que nous occupons de l'Univers.

Dans notre entourage, et en particulier parmi ceux que l'on aime, chacun a une façon personnelle de la traiter.
Certains des miens sont "pratiquants" de religions, voire même font partie de leur clergé. Elles sont diverses.
J'en ai d'agnostiques, d'autres athées, des chrétiens, catholiques, orthodoxes ou protestants, des juifs et des musulmans.
J'en ai aussi des bouddhistes.
Tous ceux là coexistent avec des croyances dont l'incompatibilité a créé d'incessants conflits meurtriers.
A la question chacun trouve sa réponse et prend le parti ou non de risquer d'afficher sa "spiritualité".
Quitte à vouloir imposer - ou non - "sa vérité" aux autres.

Les humains ressentent une omniprésente nécessité de partager leurs convictions.
Pour m'en protéger il m'est indispensable de rentrer moi-même dans cette pratique, non pour convaincre, mais pour ne pas laisser supposer le moindre accord implicite, que les adeptes de toutes sortes religions tentent de supposer comme seul concevable.

Pourquoi en est-il ainsi ? Il semble que cela procède d'un processus Darwinien : la part de l'humanité qui a survécu l'a due en grande partie à sa meilleure capacité de prendre des décisions. Elles furent en apparence de plus en plus rationnelles au fur et à mesure du développement du cortex dans le cerveau des humains. Lorsque tous les éléments pour décider ne sont pas réunis, il leur est nécessaire, jusqu'à suffisance, de les inventer, et de partager en guise de vérité ceux qui paraissent plausibles.
Des communautés humaines vient la nécessité de communauté de leurs décisions.
Pour qu'une décision soit acceptée, il faut à une communauté en partager les prémisses, y compris celles qu'il a fallu croire pour compléter son modèle de raisonnement. Pour cela il lui faut constituer des corpus de croyances, venant saturer en explications partagées son environnement décisionnel.
A la diversité des communautés répandues sur la terre correspond la diversité des croyances qu'elles se sont constituées pour pouvoir décider, et ainsi survivre.

Ces corpus de croyances sont aussi divers et incompatibles entre eux que s'avèrent diverses les communautés humaines.
Ainsi l'essentiel de l'humanité s'est forgée des croyances en des dieux, multiples ou uniques, et en des arrières-mondes où ils règnent, depuis lesquels ils interfèrent avec nos vies. Ils sont craints autant qu'ils rassurent.

Que ces croyances soient fondées ou non, cela reste de façon inextricable une affaire de fois. Il en est toutefois qui ont mal résisté aux connaissances que l'humanité accumule de siècle en siècle. Ces remises en cause se passent toujours dans la douleur, quand ce n'est pas dans des bains de sang. Que les connaissances mettent du temps à se transformer en savoirs ne change rien à l'affaire, tant reste toujours l'aporie des choses inconnues dont les autres choses seraient les conséquences... Conséquences ?

S'il faut pour sa propre survie, admettre le droit de chacun à ses croyances il est trop souvent advenu que des pans entiers de dogmes se révèlent infondés pour que soit légitime d'user d'une quelconque croyance vis à vis de ses semblables, aussi politiquement commode que cela a toujours été, et est encore.

Que l'on me présuppose a priori appartenir une communauté de croyances m'est devenu insupportable.
Il me faut donc expliciter quelques choses, et pour cela commencer par une histoire; celle de ma propre réflexion, à la suite de celles de courageux prédécesseurs.

J'ai mis bien du temps à comprendre ceci, qui est pourtant une évidence :
les nécessités de notre existence la confinent dans un méplat de l'Univers. Un méplat, une partie de la surface de quelque chose par ailleurs courbé, tordu, noué, bombé, creusé, voire troué, mais une partie de cela localement à peu près plate. Que cette partie de l'Univers soit grande ou petite n'a de sens que pour nos illusions. Celles ci donnent à ce méplat d'incommensurables dimensions, à l'aune des humains.

Ainsi nos lointains aïeux crûrent longtemps que la terre était plate. Par quelques voies indirectes de raisonnement sur quelques observations incompatibles avec la doxa du moment, certains comprirent que la terre était ronde.

Leur histoire s'est perdue.

Leur destin fût probablement tragique, à l'expérience de l'histoire cette fois connue et toujours renouvelée de ceux qui plus tard se sont aventurés à révéler comment est le monde à leurs semblables dans la caverne.

Mais aussi rond fut-il enfin admis, cet avatar de notre méplat avait l'avantage d'être fermé, comportant l'illusion d'un Univers fini, centré sur la terre, autour de laquelle tournait le ciel des astres.

A chaque représentation qu'ils se sont fait de l'Univers, les hommes ont cherché à lui définir une cohérence, quitte à inventer ce qui pour cela manquait à leurs sens.
Pourquoi est-il si dangereux, aussi bien fondés que soient les arguments, de remettre en cause des représentations consensuelles ?

J'en ai compris tout récemment les raisons physiologiques, à la lecture d'un ouvrage de recherches en neurosciences : tout humain ressent pour sa survie un impérieux besoin de cohérence autobiographique à ce que lui montrent ses sens, confrontée à sa mémoire.

Faute de cela, dans un monde ouvert à une infinité de possibilités, aucune décision ne lui est possible.
Des expériences cliniques sur des personnes dont la liaison entre les parties droite et gauche du cerveau était altérée montrent que ce dernier construit toujours un discours cohérent sur un comportement qu'il prétend maîtriser, quoique il provienne de façon manifeste d'une sollicitation de l'autre cerveau, dont il ignore la nature.

Ce que cela nous apprend de nous, les humains ordinaires que nous sommes dont les parties du cerveau sont naturellement connectées, c'est ce phénomène systématique de construction de la cohérence de notre discours autobiographique.

D'autres études cliniques ont montré que la façon dont nous décidons en toutes choses procède de nos émotions, qu'une partie du cerveau exerce cette fonction de résoudre les conflits entre des myriades d'arguments dont il conserve les poids en mémoire.

A chaque instant les jeux sont faits. Seul ce qui est sur le tapis compte. Rien ne va plus. Quoique il arrive, il faut miser, faute de quoi rien ne peut être décidé. Et pour survivre, il nous faut à chaque instant décider.

Si heureusement pour la plupart, les poids des arguments sont fondés, il en est qui ne peuvent être pesés, faute de disposer d'une balance à notre mesure.

Alors, puisqu'il nous faut à chaque instant décider, il nous a fallu auparavant prendre le temps de peser, de façon consciente ou non, des poids arbitraires pour l'ensemble des arguments dont nous ne sommes pas en mesure de peser la valeur.

Décider du poids d'arguments dont nul ne peut décider n'arrête pas notre cerveau. Faute d'en trouver les valeurs, l'observation clinique montre qu'il n'hésite pas à les créer de toute pièce, selon des processus itératifs, récursifs de construction d'un "vraisemblable", qui fonde ce que nous pensons être nos rationalités.

Selon un processus Darwinien, seuls ont survécu ceux des humains qui, comblant leurs incertitudes de croyances infondées, ont "fermé le monde" des décisions possibles.

Ce qui manque à sa cohérence, l'humain le bâtit donc de toute pièce, fonde des théories, les confronte, et les partage. Les plus partagées sont élevées au rang de croyances religieuses, puis de dogmes, car pour être sereine, la vie en collectivité nécessite de partager des façons compatibles entre elles dont chacun "ferme le monde".
Ce n'est qu'ainsi que la foi sauva les hommes...

Extensions humaines, les sociétés ont besoin de décisions communes, qui héritent des hommes la nécessité de se clore le monde, de se fonder sur des croyances infondées. Par un processus cette fois néo-Darwinien elles ostracisent et éventuellement éliminent ceux qui tentent de réfuter le modèle irréfutable qu'elles se sont racontées de l'Univers.

Pour être transmise et socialement partagée, chaque foi s'est bâtie sur un récit, de tradition orale ou écrite, qui a fondé pour une communauté le sens fondamental qu'elle prête aux choses. Sur ces récits fondateurs de leurs croyances irréfutables, les humains bâtirent la diversité des sociétés humaines. Ils y lièrent toutes leurs expériences heureuses et malheureuses, en firent leur culture et formalisèrent à l'occasion des ensembles de règles de survie dont ils firent des tabous.

Pour ce qu'ils pensaient être le bien commun, dans chaque société les plus cultivés des humains dogmatisèrent ces tabous pour en éviter l'explication aux moins cultivés.
Et pour les dominer, ils se sont réservés les moyens de se cultiver. Ainsi apparurent les premiers gestes politiques... Ils assurèrent ainsi au sens étymologique des économies d'existence des sociétés, Avec des inégalités aussi bien organisées qu'elles pouvaient être supportées.

Foi et Politique sont ainsi nées intriquées. Les contingences humaines de la seconde ont toujours prévalu sur la divine première. Ainsi se sont fondées les Religions dont les sociétés firent leurs premières Constitutions.

Les Religions vivent ainsi très bien, tant que les croyances irréfutables ne se mutent pas, par quelque moyen d'observation, et quelque réflexion, en opinions réfutables. Lorsque quelque nouvelle expérience viennent mettre à mal ces fragiles constructions de cohérences, les équilibres politiques des sociétés humaines risquent de se rompre.

Si longtemps l'humanité a pensé que la terre était plate, comme la représentait Jérôme Bosh au Moyen Age, l'expérience aidant vint le temps où il lui fallut admettre qu'elle était ronde.

Ce ne fût acceptable pour bien des religions qu'à la condition divine qu'elle soit au centre de l'Univers.
Alors, pour expliquer le mouvement apparent des astres, d'Eudoxe à Ptolémée, des astronomes imaginèrent des jeux de sphères tournant autour de la terre.
Les religions en adoptèrent le modèle, tant qu'il ne remettait pas en cause leurs récits fondateurs.


Vint le raisonnement de Copernic qui, à l'observation des planètes, vit tourner la terre comme l'une quelconque d'entre elles autour du soleil. Si la terre est une planète quelconque, et n'est donc plus au centre de l'Univers, et il est bien des dogmes divins qui perdent alors leur statut de vérité.

Dès lors, la légitimité des ordres sociaux que ces représentations ont fondée disparaît, comme celle de ceux que ces croyances avait placé au dessus des autres. Si Copernic publia si tard qu'il ne pût être religieusement trucidé, cela coûta la vie à d'autres moins prudents, qui périrent sur le bûcher destiné aux hérétiques.

Galilée accepta se renier,
Giordano Bruno refusa, et périt dans des flammes vaticanes.
Spinoza reçut des siens le pire possible des bannissements.

Les hérésies ne furent elles pas tant combattues que pour leurs inacceptables part de vérité ?

Ensuite, les faits étant ainsi têtus qu'il fallut s'y plier, l'Église dût reconnaître que la terre tourne autour du soleil. L'événement passé, les exactions oubliées, les ordres des sociétés humaines se rétablirent avec de nouveaux discours, jusqu'à la fois suivante. Mais ils furent plus prudents, en s'accommodant sans trop de mal à ce que le soleil ne soit qu'une étoile comme une autre, plutôt ordinaire.

Perdue au bout d'une incommensurable spirale d'une galaxie...
...Tant que l'on ne trouvera pas trace, sur d'autres astres, d'autres vies, au prix de la prédiction desquelles Giordano Bruno perdit la sienne.

Après de multiples schismes, de multiples révolutions, et de multiples affrontements, les religions ont perdu l'essentiel de leurs pouvoirs séculiers.

Au siècle dernier les religions durent subir des découvertes pour elles des plus déstabilisantes : abandonner le modèle Newtonien du temps et de l'espace, sur lequel malgré tout elles continuent de se fonder, faute d'être capables d'assimiler le modèle relativiste restreint, puis général.
Subir les faits de la mécanique quantique, qui montrent que tout dans l'Univers est le fruit du hasard et de la nécessité.
Il leur faudrait reconnaître ce que disaient Leucippe et Démocrite, à l'inverse d'Aristote et de Platon.

Sur ces sujets désormais les religions tentent d'écouter. Mais faute d'entendre elles ne peuvent que se taire, et hélas continuer de s'appuyer sur l'aspect trompeur de notre petit méplat de l'Univers.

Aujourd'hui encore elles subissent des expériences dévastatrices, des guerres de religion des plus meurtrières entre tenants des mêmes croyances, quoique celles-ci condamnent le meurtre dans leur commandements. Le Dieu dont elles louent et espèrent la Justice n'est pas venu en aide aux victimes des génocides du siècle dernier, pas plus qu'à ceux des précédents. Dieu est-il juste, qui laisse indifféremment se produire les exterminations massives d'origine humaine comme d'origine naturelle ?

Les Religions résistent tant bien que mal aux événements qui remettent en cause leurs dires. Selon que la poésie de leurs récits fondateurs reste ou non créatrice, elles continuent ou non de s'incarner. Ou de se désincarner. Nombre ont disparu que nul n'envisage de réhabiliter.

Le Bouddhisme, comme philosophie plus que comme religion s'avère des plus résilientes face aux dévoilement de la réalité des choses. A la différence de toutes les autres, elle n'érige ni n'impose pas de dogmes. Il n'a cependant pas échappé aux nécessités de religiosité, en prenant des formes diverses dans les diverses communautés humaines qui le pratiquent. Dans sa sagesse le Dalaï Lama n'y accorde qu'une importance toute relative, lui qui invite les croyants de toutes origines à rester dans leurs religions !

Exerçant par essence le métier de la remise en cause des modèles de l'Univers, bien des physiciens se retrouvent dans le Bouddhisme mieux que dans la plupart des religions. Sans forcément pour autant en adopter des rites.

Avec sa pratique de réinterprétation de ses textes fondateurs, le Judaïsme offre à ses adeptes des moyens linguistiques étonnants pour résister aux nouveaux savoirs.
Et de ne donner à ses pratiques rituelles qu'un rôle d'unification sociale.

A l'inverse, le Coran resté fermé à toute traduction, est plébiscité pour ses indéniables capacités constitutionnelles. L'Histoire montre que l'Islam a commencé son existence par la simple volonté politique d'un homme qui, pour être considéré comme prophète, était à l'évidence un grand génie politique.

Qu'en est-il des religions polythéistes ? Avec un dieu potentiel pour chaque phénomène, leurs poésies manifestent une grande résistance, dans des sociétés clivées, mentalement fermées sur elles-mêmes.

Le dualisme des religions monothéistes suppose des arrière-mondes qui en constituent des refuges inexpugnables.

Ces arrières mondes qu'elles supposent sont d'un autre ordre que celui de notre "bas monde", auquel Dieu peut ainsi se montrer indifférent. Il en est de même de leurs lois physiques, quoique de façon bien étrange elles semblent se conformer à des modèles quasi Newtoniens. Fondée sur les illusions du méplat dans laquelle elle vit, la construction mentale que l'humanité se fait de ses arrières mondes se passe allègrement de la relativité des temps, ignorant que la nature même du temps procède de la nature même de la gravité.

Si nulle physique n'est a priori éligible pour décrire ces arrières mondes, faute d'être capables d'imaginer autre chose, la majorité des humains ne résiste pas à la tentation de leur conserver, quelques apparences de notre Univers : au moins les trois dimensions d'espace, une dimension de temps, et ces étranges propriétés que sont la translation et la rotation, propriétés physiques dont nul ne questionne l'ontologie... Les religions classiques font ici preuve de grands manques de poésie créatrice.
"L'éternité c'est long, surtout vers la fin...". La théorie physique des cordes et des supercordes, qui suppose des Univers à dix ou douze dimensions a là d'autrement plus grandes vertus.

Depuis notre méplat de l'Univers, à l'observation des astres dont nous sommes une infinitésimale partie, nous commençons à comprendre l'extrême violence des phénomènes qui s'y produisent.
A observer le ciel, il nous faut prendre garde à l'indéniable beauté que l'on prête à son spectacle.
Tout cela se passe si loin. N'en sommes nous pas protégés ? Par hasard, ou par nécessité ?

Si nous y recherchons activement des traces d'autres vies, n'est ce pas que nous avons progressivement acquis la conviction que Giordano Bruno avait raison ?
Déjà, silencieusement, les institutions religieuses s'apprêtent à s'y adapter.

Mais depuis notre méplat de l'Univers, nous observons aussi avec quelque inquiétude les cataclysmes qui s'y passent. Très loin de nous, des galaxies se percutent entre elles, ce qui donne de magnifiques arabesques de déformation des spirales galactiques. Nous savons que la voie lactée, galaxie qui nous héberge, va percuter de façon inéluctable la galaxie d'Andromède. Pour gigantesque qu'il soit, ce cataclysme est infiniment petit par rapport aux amas de galaxies, eux-mêmes minuscules relativement aux filaments qu'ils forment, qui ne sont que des mailles anecdotiques d'un univers filandreux...

Par hasard et par nécessité, combien de systèmes solaires se sont effectivement percutés au cours de ces lentes collisions ?
Combien de planètes semblables à la notre ont été détruites à ces occasions ?
Combien de vies, combien de civilisations qu'elles portaient ont alors disparu ?

Proches de nous, des bolides qui circulent librement, à des vitesses fantastiques viennent percuter de temps à autre des planètes. Notre lune en a trace d'une multitude de cratères. Si sur notre terre la trace en est moins visible, nous savons d'expérience que ces collisions existent, et que contre elles nous ne pourrons rien d'autre que les subir, quitte à disparaître, comme les dinosaures qui nous ont précédé.

Et à l'intérieur de notre terre elle-même, soumise à des marées, des mouvements internes hors de nos pouvoirs engendrent des catastrophes "naturelles", détruisant et tuant tout ce qui a le malheur de se trouver au mauvais moment au mauvais endroit. Par hasard et par nécessité.

Et tout ceci advient dans l'apparente indifférence de toute Justice Divine...

C'est à partir de tout cela que j'ai fait ma connaissance de l'existence de Dieu, unique ou multiple, selon les temps et les lieux des communautés humaines qui l'ont, chacune à sa façon, conceptualisé.

Que Dieu joue ou ne joue pas aux dés, en tant que concept unique, je n'ai rencontré personne pour le considérer comme un phénomène local. Et pourtant tous ceux que j'ai rencontré et que j'ai lu ne considéraient que son influence sur le comportement d'un sous-phénomène microscopique perdu dans un coin d'un petit système stellaire, sur une petite planète où a émergé une espèce prétendument dotée de la capacité étrange de se représenter elle-même et tout l'Univers...

Physicien de culture, amateur de connaissances, je sais les illusions que confèrent le méplat de l'univers dans lequel nous vivons, soumis à de faibles intensité des champs de force qui régissent les comportements dans la Nature, et nous déplaçant relativement lentement les uns par rapport aux autres.
Illusions commodes qui nous font ignorer que la terre est autant attirée par la pomme de Newton que celle-ci l'est par la terre.
Illusions commodes qui nous font croire que le temps est le même pour tous les habitants de la terre, ce qui permet de synchroniser nos horloges et d'être « à l'heure » à nos rendez vous.

Je sais aussi combien sont contre-intuitives les lois de la mécanique quantique, dont l'interprétation est ainsi tellement problématique.
« Dieu joue-t-il ou ne joue-t-il pas aux dés ? »
« Cessez de dire à Dieu ce qu'il doit faire ! » répondit Niels Bohr à Albert Einstein...

Dieu, existe-t-il ? À l'évidence oui, si l'on tient pour exister tout ce que l'homme a conçu, que ce soit matériel ou immatériel. Pour moi la question n'est pas de croire ou non à l'existence de Dieu, mais celle irréductible de la définition qu'ici et là, sur notre toute petite et grandement ignorante planète, on en donne.

J'aurai pu naître Shintoïste, Bouddhiste, Jaïniste, Hindouiste, Musulman Chi-ite ou Sunnite, Animiste, Taoïste, Judaiste, Mormon, Luthérien, Calviniste...

Par hasard je suis né Catholique. Lors mon enfance j'avais pleinement adopté l'ensemble des dogmes qui me donnaient une représentation d'une cohérence confortable de l'Univers.

Je me souviens encore de mon état d'esprit d'alors.
De ce qu'il y avait pour moi d'inconcevable qu'il en soit autrement que ce qui m'avait été inculqué, qui donnait un sens cohérent à ma vie.
Et surtout comment imaginer qu'il n'existe pas une vie "après la mort" conformément au modèle que les prêtres invoquaient et invoquent encore chaque dimanche, et que tant d'artistes avaient peints depuis des siècles.

Je m'y raccrochais avec d'autant plus d'acharnement que j'avais peur de l'inconnu, voire du vide.
Et que je devrais de toute façon m'en décrocher, de façon inéluctable, au fur et à mesure qu'à l'adolescence m'apparaissaient avec son histoire les incohérences des représentations catholiques de l'Univers, et les intentions humaines qui les avaient bâties de toute pièce.

En me penchant en dehors de ce monde conforté dans ses dogmes, j'ai observé que le risque n'était pas le vide, mais le trop plein tant il existait d'autres modèles de croyances.
Lentement, progressivement, ma recherche de la réalité des choses m'a conduit en dehors d'entre elles.

Et pourtant j'ai aussi l'expérience personnelle de ces phénomènes inexpliqués qui relient la communauté des hommes. Ces phénomènes de conscience à distance, dans l'espace et dans le temps entre les humains, et pas seulement entre eux.
Nombre d'humains fondent leur foi sur ces expériences, qui sont intrinsèquement liés dans leur esprit à leur mémoire, à leur culture, ce qui leur fait résoudre ainsi leur inextinguible besoin de cohérence de leur représentation de la réalité.
J'en échappe à ma façon.

Aux échelles infinitésimales de la mécanique quantique, particules, ondes, résonances sont parfaitement synonymes, présentant chacune un aspect des choses. Les ondes et résonances ne sont pas localisées. L'expérience cruciale d'Alain Aspect sur les inégalités de Bell en a illustré ce caractère non intuitif d'une ubiquité expérimentale. Expérience cruciale de déterminisme dans le domaine de l'indéterminisme, elle prouve l'intrication de tout ce qui est entré en collision dans l'Univers. Qu'est ce qui n'est pas entré en collision dans l'Univers ?

Aux échelles infinies de la cosmologie, s'avèrent la relativité des temps, des espaces et de la matière même, dont on a tort de considérer l'illusion que nos sens nous en donnent.
Les physiciens de Copenhague ont montré que la notion spatiale de vide n'est que matière en puissance, et que la matière est aussi le vide en puissance1.

La philosophie ne s'est guère encore accoutumée à ces connaissances, et nul ne sait comment les religions les assimileront.

Je ne sais que le Bouddhisme pour avoir eu l'intuition de l'importance métaphysique du vide alors que cette notion est incomprise des monothéismes actuels.

Il reste des gisements inexplorés de la physique, à portée immédiate de nos réflexions, apparemment trop triviales pour être interrogés : quel est dans la nature même de l'espace et du temps ce phénomène étonnant qu'est la rotation ?
En nos jours et lieux fortuits de l'Univers, nous ne sommes pas près d'en donner la signification.
Mais si apparemment tout tourne dans l'Univers, ne faut il pour autant éviter de fonder sur ce mystère un nouveau système religieux ?

Les Physiciens, dont c'est le métier, ont des expériences de la nature du temps qui démentent les discours qu'ont eu sur lui la quasi totalité des philosophes, et en arrière d'eux les religions.

Sur ce sujet fondamental, quasi impossible à appréhender, qui met en jeu tout ce qu'ils et elles expriment, ils et elles se sont avérées fautives.

Je ne connais même pas de physicien dont le discours n'achoppe pas sur ce qu'il tente de décrire du temps. Qu'il soit cosmologiste de l'infiniment grand ou mécanicien quantique de l'infiniment petit, il ne cherche que des modèles réfutables, successivement vérifiables de description de la Nature, donc par essence indépendant du temps. Son appréhension correcte du temps ne peut être qu'indirecte, et contre-intiuitive pour toute l'humanité, hors quelques exceptions.

L'espace et le temps sont dépourvus de caractéristiques propres, pouvant les placer dans une catégorie ontologique. ils ne sont en eux même que des caractéristiques de phénomènes naturels, sans autre existence propre.

L'humanité se satisfait de la facilité de Newton consistant à décrire la Nature relativement à un Espace et un Temps absolu indépendant de cette Nature lui avait permis de s'abstraire du problème, et de satisfaire en passant philosophes et religions qui lui emboîtèrent le pas.

Si Leibnitz eut des intuitions différentes, il ne produisit hélas pas de modèle de la Nature à la façon des Principia de Newton. Dans la controverse qui les opposa, l'humanité adopta de façon fautive la facilité du point de vue du second, qui fonctionnait quasiment bien, alors que l'expérience tend à montrer que c'est le premier qui avait raison.

La Physique est ainsi : Bergson eut tort contre Gaston Bachelard. les durées sont des illusions fautives. Seuls existent les instants des collisions entre tout ce qui existe. Ce qui existe n'est que résonances relatives les unes aux autres.

Le temps et l'espace n'existent pas en eux-mêmes, pas plus que l'Espace-temps de Minkovski mais sont des caractères en inflation de "tout" dans la Nature. "Tout" dans la Nature tourne et résonne mutuellement avec ce qui l'environne.

La Nature est un grand orchestre dont les musiciens jouent un opéra grandissant, mais dénué de chef de chœur, dans lequel "tout" ne joue sa partition qu'en ce qu'il "entend" de son voisinage. Fort ou atténué, cela définit la distance et le temps propre. Le temps propre de toute partie du "tout" n'est est qu'ordonnancement local d'événements instantanés. Et "tout" n'a d'existence que par des relations dont il est alternativement le sujet et l'objet. Les verbes de ces relations ne sont autres que les lois de la physique...
Chaque nouvelle instance de relation forme sa part de temps et d'espace, inflation apparente de l'univers et en conséquence de son entropie.

Ce que je pense là n'est compatible avec aucune religion ou croyance établie à ce jour.

Je me suis départi de mon origine catholique et de son modèle fautif pour respecter toutes les autres, sans tenter d'en discuter de la véracité de chacune des croyances, qui sont peut être de simples facettes d'une même réalité que de fort mauvaises optiques altèrent d'abbérations chromatiques et géométriques.

Chercheur, je veux considérer toute recherche avec respect et compassion, tant les apparences de la réalité des choses sont trompeuses. L'erreur apprend toujours davantage que ce qui vient confirmer un préjugé.

Nul ne sait si parmi toutes les espèces vivantes, animales ou végétales, l'humanité est seule à se préoccuper de ces questions. N'est elle pas qu'une parmi les autres, sans autre supériorité que celle qu'elle s'est elle même arrogée ? Le développement de son cerveau en a fait un sujet vital.

Elle est arrivée si tard, notre espèce, dans la chronologie cosmique, et si infime est la partie qu'elle occupe dans l'espace et dans le temps cosmique, que toute prétention à devoir son existence à quelque dessein divin apparaît dénuée de sens. L'espèce humaine n'est importante que pour l'espèce humaine, laissant indifférent le reste de l'Univers. Elle a simplement la chance de pouvoir prétendre le comprendre.

Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?

Puisqu'il me faut quelque élément pour y répondre, en quelque sorte choisir une croyance, j'adopte la rhétorique intégratrice de Spinoza, qui lui coûta si cher, par opposition aux dualismes de Descartes et bien avant lui de Platon.

Je suis de façon positive un immanentiste inclusif. D'un Immanentisme, disjoint de tout Théisme. Et je réprouve le terme méprisant d'athéisme que les Théismes ont engendré. Je ressens parmi les plus désagréables, par son caractère négatif, la façon dont l'usage des sociétés à majorités religieuses qualifie ceux qui ne participent d'aucune religion : ceux que l'on dit « athées » auxquels il est dit que j'appartiens.

Je ne suis donc pas athée, mais peut être athéologue. Et encore cette définition ne me satisfait pas, de par son caractère encore négatif. Je pourrais être dit profane, si à ce terme n'était associé l'ignorance supposée de ceux que l'on qualifie ainsi.

Si mon immanentisme est inclusif, c'est par la curiosité que j'ai pour la diversité des croyances humaines, et des comportements qu'elles engendrent, pour le meilleur comme pour le pire.
Le meilleur des beautés des édifices religieux sous toutes les latitudes.
Le pire des horreurs des génocides religieux, passés, présents et futurs.

Le meilleur ou le pire, de la beauté des chants et des musiques religieuses, parfois tellement belles qu'il faudrait à la façon d'Ulysse se faire attacher pour ne pas se faire prendre au jeu de ces Sirènes.

De cet Immanentisme, jusqu'à ce jour je ne parlais pas, mais il est autour de moi des croyants pour me reprocher qu'à leur différence je ne transmet rien de ma vision philosophique. C'est la seule raison d'être de ce texte. Si d'ordinaire je n'en parle pas c'est qu'il n'est qu'une définition, à laquelle n'est attachée ni intention ni morale séparant des notions de bien et de mal. Je ne veux en attendre rien, ni ne juger rien, qui ne soit humain.

Que savons nous de toutes les sortes de relations possibles entre les humains ? Il existe tant de phénomènes étranges, d'inattendus attendus, que l'observation vient à son heure expliquer, déplier, et systématiquement contredire les croyances antérieures. Les débats théologiques de l'humanité sont locaux à l'humanité. Ils ne concernent que ce que les catholiques appellent la "communion des saints". Je m'en tiens à l'écart, souhaitant me contenter, pour ce qui concerne nos contingences terrestres, d'un véritable humanisme généreux, tentant d'aimer mon prochain, si possible mieux que moi-même.

J'ai l'expérience de l'intrication mutuelle des humains, et de leur capacité d'influence normale comme "paranormale".

Je ne suis pas scientiste ; les sciences ne font que produire des modèles pour cerner la réalité des choses, mais, pour qu'ils soient prédictifs en se limitant dans ce qu'elle a d'intemporel ; ces modèles sont toujours incomplets, approximatifs, et s'avèrent trop souvent erronés, suite à des expériences cruciales. Mais c'est là leur grandeur. A toute autre croyance irréfutable, je préfère les opinions réfutables qu'elles avancent. Je crains toute modélisation confortable de l'inconnu. Je l'accepte pour ce qu'il est.

Ma spiritualité se fonde sur cette seule qualité de l'humanité et plus largement de tout ce qui est vivant qui est de prendre soin du vivant, dans un Univers par ailleurs dénué de toute intention, essentiellement indifférent à son sort.

L'Univers est-il Dieu ?
Si cela peut en être une définition humaine, alors Dieu est indifférent au sort de ce qui est vivant dans l'Univers.

Comme tout humain, j'ai la nécessité pour ma propre survie de compléter mon modèle mental du temps, de l'espace et des choses, et de me formaliser ma propre ontologie, comblée de concepts irréfutables. Mais parce que j'ai pris connaissance de cette contingence, et de l'incapacité de faire entrer une représentation de tout l'univers dans quelques centaines de grammes de celui-ci, à savoir mon cerveau, je sais devoir mettre en doute, comme fort probablement erroné, tout ce qui est irréfutable de ma propre ontologie métaphysique.

Je ne me soucie donc pas de la partager, bien au contraire, pour qu'elle reste singulière. Elle n'est pas confortable à vivre. Elle ne prétend en rien être unique, tant il existe quantités d'autres humains pour se faire, comme moi, leurs propres interprétations, toujours singulières.

Interprétation singulière, comme antonyme de religieuse, car elle se refuse à tout partage qui aboutirait à la figer.

Etant prêt à la mettre en doute et à la corriger à chaque instant, je tiens personnellement pour a priori erronées toutes les croyances religieusement et séculairement imposées, tant que l'expérience ne les élève pas au rang de faits. Je réprouve toute action collective qui procède d'une quelconque croyance religieuse. Je me tiens à l'écart de toute manifestation possible de leurs pouvoirs, tant l'Histoire est emplie d'impardonnables exactions en leur nom. J'instruis le procès des intentions des humains qui les ont commises au nom de leurs croyances, pour d'autres raisons inavouées. Mais à instruire ce procès je veux m'arrêter avant d'en prononcer le jugement. Ni condamnation, ni relaxe.

Compréhensibles humains.

Je réfute à leur sujet toute idée chrétienne de "Rédemption", pour lui préférer la notion bouddhiste de "Karma" qui s'attache de façon indélébile à leur mémoire.

Fautives religions, Impardonnables religions.

Pour l'heure, ce que je dit croire de Dieu, comme le fit Spinoza, je le définis moi-même. Comme le firent eux mêmes les auteurs disparus des grands textes fondateurs de toutes les religions, puisque le concept même de divinité a de tout temps été une création humaine. Si je n'entre plus dans le moindre débat sur la question irréfutable de la foi propre à chacun, je l'observe toujours avec attention et respect pour les adeptes de religions, quoique j'en récuse tout dogme, toute prescription et tout pouvoir sur autrui.

Comme dans la fable du loup et du chien, je préfère la singularité du loup et l'inconfort de sa vie. Je n'envie pas le confort consolateur que procure les croyances religieuses. En fait de croyances, je me contente de considérer l'existence de l'Univers, comme déesse mère indifférente au sort de l'humanité.

Mais je sais que l'humanité n'ayant pu exister sans religions, leur a consacré l'essentiel de ses arts : ses plus beaux monuments comme ses plus beaux textes. Elle y a inscrit sa poésie comme sa sagesse. Aussi incompatibles qu'ils soient entre eux, ils sont pour moi d'indispensables sources de richesse culturelle. Sans pour autant impliquer ma croyance.

Indispensables religions ?

Elles le semblent bien, pour ce qu'elles fondent les cohésions initiales des sociétés humaines, et ont formé ainsi le socle des constitutions de leurs États.

A l'expérience, nul État n'a jamais survécu à l'opposition des croyances religieuses de ses populations. Au mieux il leur a fallu s'en accommoder, au pire ils ont fait le choix d'en adopter une et de l'intégrer à leur Droit, au mépris de l'inaliénable Droit des humains d'en avoir un autre ou aucune.

La question des fois reste donc toujours dangereuse de par ses conséquences politiques : l'absence de religion est justement ressentie comme une forme d'anarchie, au sens étymologique du mot, mais avec toute la connotation négative associée aux mouvements révolutionnaires qui s'en réclament.

Le danger que cette anarchie représente pour l'État m'indiffère. De façon inéluctable, il lui faudra s'y adapter.
Ne subit-il pas déjà l'anarchie qui est consubstantielle à l'Internet ?

à suivre...


Démocritique



1 Pour faire comprendre ce phénomène, que le vide résulte de l'opposition de phase de l'ensemble des résonances en présence, chacun peut faire l'expérience des fentes d'Young, mais aussi l'expérience musicale des concerts d'orgue à Notre Dame de Paris : Les colonnes qui y forment un réseau annulent les sons qui interfèrent de loin en loin dans les nefs collatérales.

image/svg+xml Conception : Henry Boccon-Gibod Page c ≤ 1 mots clefs D "croyance, religion, connaissance, décision" ≤ 1 suit P Lettre ouverte à Ségolène Royal à voir aussi S Philosophie Brute Des fois