================================================== Blessing



Ontologie : Démocritique

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Mars 2026

Dessiner une ontologie



Depuis longtemps j'avais révé de pouvoir "dessiner une ontologie".

L'ontologie est une catégorie de la métaphysique - donc de la philosophie - destiné à décrire "ce qui est" , des caractères de "ce qui est" de ses "attributs" et des relations qui existent entre tout "ce qui est".

En apparence il est difficile d'imaginer plus ambitieux. La métaphysique n'est elle pas un sommet de la philosophie ? Ainsi nombre de philosophes parlent d'ontologie sans jamais en circonscrire aucune !
Si cela leur parait nécessaire, serait-ce trop difficile, compliqué, voire dangereux ?

Pourtant la plupart de nos ouvrages sont fondés sur des ontologies sous-jacentes, non exprimées en tant que telles : les dictionnaires, les thesaurus, et surtout les encyclopédies telles que Wikipédia sont fondés sur des modèles ontologiques. Ceux-ci sont implicitement inscrits sans apparaître dans le code même de leur logiciel d’édition.

Les ontologies « formelles », dont une genèse dystopique est décrite ci-après sont au sommet des langages du World Wide Web.

Les sommets sont ordinairement des lieux magnifiques, des points de vue privilégiés, mais en pratique plutôt inhospitaliers. L’air y est le plus souvent raréfié. Ils sont soumis à des froids intenses et à toutes sortes de tempêtes. Quoique puisse laisser évoquer la métaphore de la « cordée », ils sont si dangereux, si exigus et inconfortables qu’un premier de cordée de renom – Lionel Terray – qualifia leur conquête « d’inutile ».

Il m'est donc nécessaire de raconter ici la genèse d'une ascension de la pyramide des langages du Web qui ont façonné tous nos usages actuels de l’informatique :

« Au commencement…
...le monde des ordinateurs était un espace hostile, et l’obscurité couvrait les abysses des systèmes d’exploitation,
alors que de méchants vents couraient sur les réseaux propriétaires. »

Alors, le démiurge Timothy Berners Lee (qui était un informaticien encore peu connu travaillant au CERN) dit :

« ...Let there be the Web ! » Et ainsi fut le Web !

Et le Web n’était encore qu’un moyen d’échanger des publications de chercheurs encodées dans un langage à balises selon un modèle de document appelé HTML, et qui sont repérés par des « adresses URL » sur le réseau des réseaux obéissant au protocole de communication Internet.

Ces documents se visualisaient par des sortes de logiciels que Timothy Berners Lee voulait universels qui furent appelés « navigateurs », et dont son collègue Robert Cailleau développa le premier exemplaire. Chaque sorte d’ordinateur pouvait en être doté, pourvu qu’y soit implémenté une version Ethernet du réseau des réseaux Internet.

Puis, diffusant la chose à tous les laboratoires de recherche autour de lui, Sir Timothy Berners Lee dit :

« Soyez fertiles et multipliez vous, emplissez la Terre et soumettez là ! »
Ainsi firent les sites Web, ils crûrent, se multiplièrent et envahirent le globe.

Sur le réseau des réseaux se tissa ainsi une toile, où émergèrent partout des « sites » qui proposaient des « ressources », accessibles à tout « navigateur ».

En pratique, il existe(!) donc des domaines où la nécessité fait loi, et ce fût manifestement le cas du développement des langages du Web. Cela a donc commencé par le besoin d'échanger des publications scientifiques entre des ordinateurs divers, tout en se contentant de n'échanger que "le fond", laissant à des outils informatiques locaux le soin de présenter les résultats d'une façon semblable, quelles que soient les machines de l'émetteur et du récepteur.

La réalisation de HTML fut des plus pragmatique, qui utilisa, en le simplifiant largement, un modèle documentaire simple pour le langage de structuration documentaire (SGML) qui était en usage dans quelques grandes activité industrielles. Ainsi naquit ce modèle en usage par tous les « navigateurs » Web dans le monde.

Il est issu d’un langage « à balises », dont le principe consiste en une hiérarchie d'emboîtements de sortes de "parenthèses", pouvant ête dotées d'attributs. Elles indiquent par exemple le traitement à effectuer pour présenter un paragraphe : <p class="droit">bla bla bla</p>, ou pour présenter un titre : <h1 class="centre">mon titre</h1> ou pour mettre en <i>italique</i>, ou en <b>gras,</b>. Ces « parenthèses » qui encadrent des portions de texte spécifient ce qui est à réaliser par le navigateur du récepteur.

La recommandation d’un unique modèle de document fût bientôt jugée un peu trop drastique pour pouvoir exprimer toutes sortes d'autres données que des titres, des paragraphes, des images et des liens ou les quelques autres éléments du langage HTML.

Décrire comme sur une carte les ressources publiées sur la toile fut un enjeu pour les concepteurs du Web, concurrencés rapidement par des concepteurs de « moteurs de recherche ». L’idée développée par le nouveau consortium W3C fut "d’ouvrir" le modèle de document HTML pour permettre la création d'autres balises, sans pour autant retomber dans les difficultés des précédents langages documentaires ; la coûteuse connaissance d'un modèle n'était plus nécéssaire pour qu'une ressource soit interprêtée par un programme de traitement informatique.

C'est ainsi qu’après le premier langage HTML, le World Wide Web consortium "recommanda" les langages XML (eXtended Marcup Language). Quelques faiblesses du modèle HTML furent corrigées à l'occasion qui donnèrent une nouvelle recommandation de langage dite XHTML largement adoptée depuis. Après quelque temps XML fut adopté par tous les éditeurs de logiciels génériques en usage dans les entreprises, que l’on nomme les « suites office », qui comportent un traitement de textes, un tableur, un logiciel de présentation, un éditeur de bases de données et un logiciel de dessin.

Pour exprimer des dessins le W3C publia une autre recommandation d’expression dite « SVG » pour "Scalable Vector Graphics" destiné à la publication de dessins, indépendamment ou dans des documents HTML. Je devais par la suite largement exploiter cette possibilité, notamment dans ce document lui-même.

XML étant à lui seul encore insuffisant pour répondre au besoin de description du réseau que forme le Web, le W3C a publié une nouvelle recommandation fondée sur XML dite « RDF », pour "resource description framework" ; RDF est un modèle de graphe destiné à décrire formellement des ressources Web et leurs métadonnées, afin d’un traitement automatique de ces descriptions, et ainsi pouvoir structurer la navigation sur le Web.

Un triplet RDF est une association (sujet, prédicat, objet), où le « sujet » représente la ressource à décrire, le « prédicat » représente un type de propriété applicable à cette ressource, et « l’objet » représente une donnée ou une autre ressource, soit autrement dit la valeur de la propriété. Un ensemble de tels triplets forment des liens décrivant un graphe représentant élégamment un réseau.

Cependant ceci s'est aussi rapidement révélé insuffisant faute de capacité de définir formellement ce « qu'était » un tel lien formé d’un "sujet", un "prédicat" et son "objet".

En philosophie, la définition de "ce qui est" en soi se nomme "ontologie", terme formé à partir du grec ancien ὤν / ốn, au génitif ὄντος / óntos, « étant, ce qui est », et λόγος / lógos, « discours, traité », d'où littéralement « traité de ce qui est »

Ce qui manquait au langage de réseaux sémantique RDF était donc une catégorie "formelle" d'ontologie qui soit analysable par un logiciel.

C'est ainsi qu’au sommet de son édifice de langages le W3C a établi à partir de RDF la recommandation d’un langage d'ontologie formelle, dit « OWL » ( ce qui est un acronyme de "Web Ontology language" en plus "chouette" ).

La puissance de description ce langage pour à peu près n'importe quoi, à condition que l'on s'y atèle, a conduit des universités anglo-saxonnes à s'y investir, ce pour servir de grands intérêts généraux tels que la médecine ou la pharmacie. Ce fut en particulier le cas de l'université de Stanford, qui réalisa le plus utilisé des éditeurs d'ontologie intitulé "Protégé"®.

Avec un peu d'habitude et beaucoup de ténacité il est possible d'utiliser Protégé ® pour décrire toutes sortes de choses.
Il restait à rendre ces contenus visibles, et donc de les traiter pour les publier de différentes manières. Ainsi selon ce qui est dit plus haut toutes les expressions écrites selon les recommandations du W3C sont traitables par des outils de transformation, partant d'expressions en langage XML vers d'autres formes d’expressions.

En l'occurence je me suis attaché à produire des pages HTML publiales à partir d'expressions en OWL. Or il s'agit de graphes, dont il m'est apparu pertinent de représenter la portion locale sous la forme d'un bout de ce que l'on désigne par "carte mentale" ou "carte heuristique", telle celle qui apparait en bas de cette page HTML.

J'ai organisé et ainsi formalisé tous mes cours d'informatique appliquée à l'Université d'Evry ; j'ai réalisé de même d'autres sortes d'ontologies. J’ai pu assembler et publier ainsi une description élémentaire de l’architecture de nos systèmes nerveux et de nos cerveaux, une description formelle d’un système d’information urbanisé d’entreprise, ou plus prosaïquement d’une bibliothèque.

Il reste que toute démarche ontologique est comme un sommet abstrait, d’accès difficile, nécessitant une démarche d’esprit peu courante, que l’on trouve chez de bons architectes informatiques, de même que chez des philosophes adeptes de sommets métaphysiques. À l’expérience l’idèe même d’ontologie rebute la plupart ; de plus Protégé® n'a jamais eu la réputation d'une ergonomie exemplaire. Pour avoir eu besoin de le faire utiliser par des étudiants en Master, j'ai eu droit à bien des remontrances à ce sujet.

Un collègue me montra un jour un logiciel de dessin de cartes mentales, permettant simplement de disposer des boites et des flèches entre les boites, sans autre considération et qui avait un certain succès. Notre laboratoire écrivit ainsi un logiciel pour présenter des terminologies structurées.

J'eus donc l'idée d'un tel logiciel graphique pour décrire directement une ontologie comme un assemblage connexe de cartes mentales, avec les mêmes contraintes de présentation que ce que j'avais conçues pour publier une ontologie. J'en écrivis des spécifications, mais faute de trouver un développeur capable de la réaliser cela resta en attente de jours meilleurs. Bien plus tard, à l'automne 2025, je reçus la suggestion de soumettre telles quelles les dites spécifications à un nouvel atelier de génie logiciel doté d'un agent dit "IA".

Le premier résultat a été plus qu'étonnant, ce qui m'a conduit à accompagner le développement de mes idées en affinant "en anglais" les spécifications souhaitables.
Ce fût long et pénible, mais le résultat fût finalement là, qui me permet aujourd'hui avec élégance de me passer de l'éditeur Protégé ®

J’aurai immodestement tenté de réaliser un rêve du créateur du Web, désormais "Sir" Timothyothy Berners Lee :

« People keep asking what Web 3.0 is :
I think may be when you have got an overlay of scalable vector graphics, - everything rippling and folding and looking misty, - on Web 2.0 and access to a semantic web integrated across a huge space of data, you’ll have access to an unbelievable data resource»

Ce n'était pas là mon seul objectif : cela m'a conduit à reprendre mon activité de recherche passée, notamment pour tous les aspects humains qu'elle incluait ; j'ai ainsi compris que le métier de développeur qui avait tant de valeur il y a peu était en train de se transformer profondément sinon de disparaitre, puisque les nouveaux compilateurs se contentent d'expressions littéraires en langue anglaise ou autre...

à suivre


Démocritique




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